langue morte

Cette nuit ma langue est sortie de ma bouche ; scindée à la racine ; tombée au pied de mon lit
Le jour découvre son corps rigide et froid que je replonge en moi
Membre pétrifié contre  mes mots trébuchant, la langue refuse d'onduler: je la décroche
Le trou dans ma bouche m'empêche d'articuler
Pour réchauffer la langue, je la passe sous l'eau tiède du robinet, je la pétris et la malaxe, sans réussir à la réanimer Décèle alors en un petit coffret une langue violacée souple que j'avale, même si elle appartient à un autre
                  Nourriture

  Mon père a une plante horrible : en son cœur
      un épi de maïs rouge,  plaie ouverte
                         encerclée
        de fouets verts comme des bras—
                          saigne
                        je pourris

                            
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Langue morte
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